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Une introduction au metal

 

« Je pense que le heavy metal a toujours eu un rapport avec la musique classique. […] Je pense que le heavy metal est probablement plus influencé par Bach, Wagner et autres de cette nature. »
Russel Allen, Symphony X

« Le metal est un truc agressif tu sais, pas un truc avec des petites fleurs de merde. »
Rob Halford, Judas Priest

Le metal est plus une grande famille qu’un genre en particulier. Du black metal au glam metal, du nu metal au mathcore et du trash metal ou doom metal, l’univers du metal est très large et recoupe des compositions parfois très éloignées les unes des autres. Mais si nous devions trouver des caractéristiques communes à cette pléthore de styles, en allant plus loin que la simple parenté avec le heavy metal et le hard rock, alors j’en définirais deux : la prédominance de la batterie et de la guitare, et la puissance agressive et violente débouchant sur la haine, la tristesse ou bien l’espoir. Mais alors comment expliquer la parenté, évidente pour les connaisseurs mais stupide pour les non-initiés, entre Richard Wagner et Metallica ? Le metal n’est-il que metal ? Bien loin des clichés, le metal n’est pas du « boom-boom » chanté par un porc se faisant égorger.
C’est ce que je vous propose d’expliquer ici de manière ludique sous la forme d’une chronologie de l’histoire du metal. Si vous souhaitez lire une histoire technique et archi-documentée du metal, vous ne trouverez donc pas vos réponses ni d’exhaustivité dans cet article, mais sachez que beaucoup d’historiens de la musique ont écrit sur le metal.

 

Le premier morceau metal ? 

L’émergence des sonorités metal remonte aux années 1960 et 1970 et la constitution d’une identité propre au style metal n’éclate qu’à partir des années 1980. Et encore, les datations sont très floues d’un spécialiste à l’autre. D’où vient vraiment le metal ? Quel est le premier morceau metal ? Existe-t-il même un premier morceau metal ? Si les références au metal en tant que matière chimique dans la musique se multiplient dans les années 1960 et si de nombreux groupes de rock se sont formés dans les pôles industriels britanniques dans les années 1960, cela ne suffit par exemple pas à cataloguer Led Zeppelin (led étant la prononciation du mot « lead » signifiant « plomb ») comme groupe de metal. De même, l’utilisation de guitares électriques saturées par les Rolling Stones ne permet pas non plus de définir ce groupe comme le précurseur du metal.
Mais ne pas être un groupe de metal ne signifie pas non plus n’avoir jamais fait un morceau metal.
Pour certains, le premier morceau metal est donc Helter Skelter des Beatles, sorti en 1968.



Effectivement, la puissance et l’agressivité se dégageant du morceau, de la guitare saturée au chant hurlé en passant par la basse percussive martelant tous les quarts de temps, rappellent le metal. Mais d’autres spécialistes suggèrent que c’est plutôt Black Sabbath, sorti en 1970 du groupe éponyme qui est LE premier morceau metal de l’histoire.



Dans ce morceau, c’est la lourdeur et la prédominance du riff qui rappellent le metal.
Quoiqu’il en soit, il ne faut pas rechercher l’origine du metal dans un morceau en particulier. Le metal, comme tout autre courant artistique, n’est pas fondé ex-nihilo par une composition unique, mais émerge dans un certain contexte riche en influences variées par des artistes en réaction aux courants de l’époque, utilisant ces influences pour les grossir, les détourner ou bien les éviter, et se rassemblant sous une même étiquette, institutionnalisée ou non, mais permettant de les considérer comme appartenant à une même ligne directrice.

 

De la fin des années 1970 au milieu des années 1980, le terreau fertile du metal

C’est donc dans un certain contexte, musical et historique, que se forme la musique metal. Ce terreau, c’est les années 1960 et 1970. Mais ce n’est qu’à partir de la fin des années 1970 que le metal est reconnu comme courant artistique à part entière, détaché (mais toujours relié) de la famille du rock, c’est-à-dire qu’il est appelé comme tel par les médias et par les fans. Sa popularisation s’effectue ensuite dans les années 1980. C’est dans cette période que des groupes se forment désormais pour « faire du metal ». Quels sont ces groupes et comment définissent-ils le metal ?

À partir de la fin des années 1970, des groupes forment le heavy metal, d’où découleront ensuite tous les styles de metal. Certes, des groupes comme Led Zeppelin ou Deep Purple ont été décrits pendant longtemps comme des groupes de heavy metal, mais avec du recul nous les considérons aujourd’hui plutôt comme des groupes de hard rock. La NWOBHM (New Wave of British Heavy Metal), postérieure à ces groupes, est surtout considérée comme le premier mouvement typiquement heavy metal. Elle opère la synthèse entre la musique punk (The Stooges ou The Who) et ce qui était appelé le heavy metal. Parmi ces groupes, nous pouvons surtout retenir Iron Maiden, Mötorhead et Def Leppard.

 

 

Une autre des premières pierres posées pour former l’édifice du metal, c’est la compilation Metal Massacre, sortie en 1982. Un des groupes de la compilation n’est autre que le nouveau-né Metallica, répertorié sur la pochette de la compilation sous le nom de « Mettallica ». Et déjà, le metal se définit plus par un ensemble de sous-styles que comme un style en particulier. Le style créé par Metallica, c’est le trash metal, alliant la puissance du heavy metal et la vitesse du punk. C’est en 1983 que Metallica écrit la genèse du trash, avec son premier album, Kill ‘Em All (en référence aux producteurs de Metal Massacre qui avaient écorché son nom). En sortant cet album, Metallica va devenir un des groupes les plus influents de l’histoire du metal, un peu comme James Brown pour la musique funk.

 

Résumons. Nous sommes au milieu des années 1980, Metallica est à son apogée, Mötorhead enchaîne inlassablement les tubes, et les vieux groupes de heavy metal constituent une source d’inspiration pour eux. Le metal s’inspire à la fois ce heavy metal, du punk et du blues. Des styles de metal extrême se sont aussi développés (death metal, doom metal…). À l’origine anglais et américain, le metal s’impose aussi progressivement dans le monde entier. Par exemple, le groupe brésilien Sepultura installe durablement le metal en Amérique du Sud. Le metal se démocratise peu à peu, mais il reste encore underground et souffre d’une mauvaise image de la part des médias (qui associent ces groupes à des sataniques, des alcooliques, des drogués et même à des nationalistes…) à l’exception des groupes qui ont souhaité proposer de la musique à un format plus commercial comme Van Halen. Dans tous les cas, le metal se pose comme une musique tournée vers la musique : les solos de guitare sont des monuments de technique et souvent les guitaristes sont des virtuoses de leur instrument et de même pour les batteurs, les cheveux longs rendent hommage aux compositeurs classiques et les critiques jugent sur les riffs et les beats plutôt que sur le style ou les paroles. C’est pour cela qu’il n’est pas qu’une musique de marginaux consanguins : musique écoutée par la working class américaine tout comme par les fans d’heroic-fantasy, elle fait aussi fureur chez les adolescents de toute condition.

 

 

Fin des années 1980 et début des années 1990 

Le trash metal domine la scène metal, mais petit à petit le public va s’en lasser et les groupes se reconvertissent, dans des directions parfois très différentes.
Après avoir signé la fin du trash metal des années 1980 avec le sublime album …And Justice for All, Metallica souhaite passer à la radio et sort en 1991 un album sobrement intitulé Metallica (appelé « black album » pour les fans), qui contient des morceaux plus courts (et donc adaptés au format radio) dans un style plus rock que metal. Le changement est radical.

 

 

Néanmoins, les morceaux plus commerciaux sont aussi de qualité et permettent d’institutionnaliser le metal et d’en améliorer l’image. Enter Sandman de Metallica devient par exemple un tube interplanétaire joué dans de nombreux stades. D’autres groupes, à l’inverse, tentent tour à tour de poursuivre le trash des années 1980 ou de s’essayer à d’autres genres de metal toujours underground (death metal, black metal…).

 

Les années 1990 : le metal fusionne avec d’autres styles

Dans les années 1990, le metal est plus populaire car il passe (sous certaines conditions) à la radio mais aussi et surtout parce qu’il va se mélanger avec d’autres styles pourtant très éloignés, leur apportant puissance et virtuosité. Le trash metal reste bloqué dans les années 1980 et le rock alternatif (pensons au succès de Nirvana) le dépasse dans les charts : voilà les raisons de ce bouleversement.
Les Red Hot Chili Peppers en profitent pour imposer le fusion, mélange de metal, de rock, de funk et de punk. Nine Inch Nails va lui mélanger le metal avec de la musique électronique et s’inscrire dans la mouvance metal industriel. Mais la fusion la plus impressionnante du metal avec un autre courant musical reste celle opérée par Rage Against the Machine. Avec un batteur formé à la musique funk, un chanteur préférant le rap, un bassiste issu du groove et un guitariste détournant la distorsion de sa guitare de toutes les façons possibles, le groupe surfe sur le récent succès du gangsta rap et du metal alternatif pour proposer un metal contestataire (ils brûlent le drapeau américain à Woodstock et font fermer Wall Street pour le tournage d’un de leurs clips).

 

 

Le metal est donc revitalisé et marque de son empreinte d’autres styles musicaux. Des rappeurs comme Cypress Hill et Run-DMC vont par exemple d’eux-mêmes intégrer des riffs metal à leurs morceaux.

 

 

La musique metal renaît donc ses cendres et devient populaire chez ceux qui n’en écoutaient pas avant. Le metal est même diffusé à la télévision, notamment lors d’événements sportifs.

 

 

Oui, un groupe de death metal est passé à la table d’Antoine de Caunes. À la fin des années 1990, le metal, plus violent, plus porté sur le rythme que sur la mélodie (les solos de guitare deviennent optionnels), fusionné avec le rap, donne naissance au nu-metal. En d’autres termes, les cheveux sont rasés. Ce nouveau courant de la musique metal se prête plus à l’exploitation commerciale et se vend surtout aux adolescents.

 

Les années 2000 : du nu-metal au retour aux sources

 

Arrivées les années 2000, Seek and Destroy de Metallica semble à des années lumières. Le chemin parcouru par le metal, dans toutes les différentes orientations qu’il a pu prendre, est très long. Il existe toujours un metal underground (du death metal au metalcore) mais le metal le plus écouté est celui qui s’est conformé aux exigences de la radio, de Linkin Park à Limp Bizkit. Son public a donc beaucoup évolué. En témoigne la mode « emo » s’identifiant au metal de Korn et de Slipknot et n’ayant plus grand-chose à voir avec les contestataires fans de Rage Against the Machine ou les barbus fans de Metallica et de Slayer.

 

 

À l’inverse, d’autres groupes se font reconnaître sans passer par la radio mais en témoignant d’une extraordinaire créativité.

 

 

Le metal va ensuite profiter du grand retour du rock au milieu des années 2000 pour revenir à ses sources. Metallica, après avoir perdu sa créativité dans la deuxième moitié des années 1990, revient en force avec Death Magnetic en 2008, rappelant ses vieux morceaux progressifs et destructurés. Europe sort en 2009 Last Look at Eden et fait revenir les instruments à vent et à cordes dans la sphère de la musique metal. Pendant ce temps, Wolfmother revient encore plus loin dans le passé en ressuscitant le heavy metal des origines, celui de Led Zeppelin ou de Deep Purple.

 

 

Le metal aujourd’hui

Dans notre époque en mal d’identité et se référant constamment au « c’était mieux avant », que ce soit pour le metal, le rap ou même la variété française, l’heure est à la ressuscitation de notre passé musical. Cependant, des groupes relativement nouveaux savent renouveller le genre tout en le modernisant, sans passer par la radio et en profitant des nouveaux modes de communication que sont Internet et les réseaux sociaux. Voici une sélection de ce qui se fait de mieux en ce moment.

 

 

La musique metal, comme nous avons pu le voir, est un immense paradoxe. Intemporelle de par ses inspirations classiques, elle suit aussi l'évolution de la musique en s'y adaptant. Il semble cependant qu'aujourd'hui le metal soit dans une période peu féconde de créativité. Mais si cette musique parvient à s'adapter aux évolutions globales de la musique, son avenir n'est-il pas vers la musique électronique, le dubstep ou la trap plutôt que vers un éternel retour aux sources acoustiques, certes jouissif mais voué à la lassitude ? C'est sur cette pensée que je vous laisse méditer sur ce morceau mêlant à la fois des compositeurs de musique électronique et une guitare saturée.

 

Publié par Clément Da Costa le 14/05/2015 à 23h25

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