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What Went Down: Quand Foals flirte avec le sublime.

 

 Il faut savoir que je suis profondément attachée à Foals. Alors peut-être que je déroge à la règle du « non-je » dans l’art difficile de la critique musicale, mais il m’était impossible d’être sincère tout en adoptant un « on » impersonnel pour parler d’un groupe que j’apprécie, justement parce que c’est moi qu’il transcende, et pas juste le reste du monde (Et si c’est ce que vous cherchez, la totalité de la presse du genre semble l’avoir déjà fait).

Foals, c’est de la violence paisible, du courage sous perfusion de mélancolie, de l’exotisme en plein orage londonien. Impossible de mettre le quintet dans les cases du grand brouhaha musical de ces 10 dernières années et c’est semble-t-il de plus en plus un gage de qualité : Personne ne fait du Foals comme Foals fait du Foals.

  

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 What Went Down, le nouvel album sorti vendredi dernier, est la parfaite allégorie de cette introduction glorifiante et peut-être que la sincérité de l’une vient de la qualité de l’un ou inversement. Lorsque j’ai entendu What Went Down, le premier single, pour la première fois, j’ai eu cette vivifiante sensation d’être emportée dans une course folle de 5 minutes dont je suis sortie haletante. Malgré un batteur et un bassiste d’une énergie plus terne et moins habile que celle à laquelle ils nous ont habitués sur des chansons comme Inhaler, la fureur des guitares et la voix imparable de Yannis Philippakis dompte une chanson violente, adoucie à la suite du second refrain, par un audacieux passage où la fine progression des accords et le psychédélisme des chœurs apporte de l’originalité là où on ne l’attendait plus. Bref, What Went down l’album sera épique, parce que What Went Down, le premier titre, était déjà majestueux.

  

 

 Et puis Mountain At My Gates est arrivée : plus pop, plus entêtante, cette petite pépite cache bien son jeu avant de se dévoiler progressivement furieuse, portée par la surprenante habilité de Yannis à chanter en criant, ou à crier en chantant, avec une justesse inégalée. Passée la surprise d’un morceau totalement aux antipodes instrumentaux de son prédécesseur, il ne faisait aucun doute que cette nouvelle galette serait à la hauteur de nos attentes.


Et elle l’est.


A l’écoute de l’album, on retrouve l’impression laissée par le premier single dans Snake Oil et ses riffs de guitares menaçants qui n’ont rien à envier à du Led Zeppelin, les cris toujours justes du chanteur et la basse saturée d’effets raviront les fans de rock en recherche d’un peu d’air à l’heure où les ondes ont l’air d’avoir totalement oublié le bonheur que procure un intense solo de guitare. En revanche, si c’est Total Life Forever et ses sonorités exotiques qui vous ont fait aimer Foals, alors Birch Tree et Night Swimmers sont faites pour vous. La première grâce aux accords de guitares caressants et clairs, calme après la tempête des deux premiers titres, la seconde plus groovy mais grave, délicieux mélange entre Inhaler et What Remains.

  

 


En parlant de What Remains, ce qu’il y’a de mieux chez Foals, c’est cette émotion sublime qui ne vous quitte pas à l’écoute de Total Life Forever et Holy Fire. Inconditionnelle de Spanish Sahara, que je n’hésite pas à qualifier, à qui veut bien l’entendre, de chanson la plus merveilleuse qu’il m’ait été donné d’entendre, j’attendais impatiemment ce nouvel opus, espérant y trouver le même frisson. Non sans audace, London Thunder s’est fait une petite place aux côtés de ma favorite, grâce à sa délicieuse mélodie, les troublants tremblements dans la voix de Yannis et les paroles raisonnées d’un vieil amant errant dans les rues pluvieuses de Londres et bien décidé à panser les plaies d’un amour perdu. Tout au long de Give It All, avec les mêmes hurlements murmurés, Yannis nous prendra la main comme pour nous guider hors de son (notre ?) angoissante torpeur.

Enfin, s’il faut citer les morceaux les plus inattendus, alors Albatross est un bon candidat. Alors que les anglais nous ont habitués à des morceaux longuement crescendo qui aboutissent inconditionnellement sur quelques minutes d’intense explosion instrumentale, Albatross ne cède jamais à la tentation malgré une batterie galopante et un chanteur qui n’en finit pas de hurler. Le titre ne laisse place à aucune frustration ni aucun ennui, tellement la mélodie est passionnante.

 

Mais le clou du spectacle, apogée de 41 minutes de pur bonheur auditif, c'est A Knife In the Ocean, épique, grandiose, planante. What Went Down est à l’image de la beauté, la force et la douce brutalité de la chanson qui le clôture. En évoquant avec justesse l’inquiétude et la nostalgie provoquée par un dernier regard jeté sur le passé avant d’avancer confiant vers l’avenir, le texte de cette chanson finale constitue la conclusion d’un album empreint de mélancolie, de doutes mais surtout de force et de sagesse. What Went Down est l’album de la maturité qu’il s’agisse de technique, de chant ou d’écriture et on ne peut que souhaiter que ce ne soit qu’un début. On achève What Went Down avec une étrange mais agréable impression d’avoir plané tout en luttant contre le poids de l’apesanteur qui nous ramène invariablement vers la réalité, mais surtout, on achève What Went Down avec la certitude d’avoir écouté l’un des meilleurs albums de l’année.

 

 

 

Ecrit avec l'aide de Martin Kawczynski, dont les impressions ont apporté un peu plus d'objectivité et de détails techniques à cette critique. 

Publié par Mathilde Kawczynski le 31/08/2015 à 12h30

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